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La Suisse doit-elle garder son image de «coffre-fort»?

Jean-Pierre Roth donne sa vision de la situation macro-économique internationale et de son impact sur la Suisse. Il explique pourquoi un retour à une situation économique normale n’est pas possible, nous démontre la nécessité pour la Suisse de se conformer aux règlementations internationales ainsi que le besoin d’ouvrir son marché au reste du monde.

La légère hausse du taux d’inflation en 2016 et la stabilisation des taux d’intérêt laissent place aux spéculations quant à la santé économique future de la Suisse. Dans le cadre de la conférence organisée par CBRE sur le thème des investissements immobiliers pour les caisses de pension, Jean-Pierre Roth, ancien président de la BNS, nous a fait part de son opinion sur le contexte macro-économique international et des possibles répercussions sur la situation économique en Suisse.

Une hausse de l’inflation se profile aux États-Unis et au sein des pays membres de l’UE, ce qui pourrait engendrer une nouvelle augmentation du taux directeur. Selon-vous, un retour à la normale, à savoir à la situation d’avant automne 2008 est-il envisageable?

Depuis la crise financière survenue en octobre 2008, les incertitudes et la perte de confiance règnent sur les marchés financiers. Suite à la crise et à la politique monétaire expansionniste de la BCE, la BNS a entrepris une politique monétaire similaire avec tout d’abord l’augmentation des réserves, le taux plancher et ensuite l’abandon de ce même taux plancher ce qui a débouché sur une inflation négative.

Aujourd’hui, le climat économique semble s’apaiser et la confiance dans les institutions finan-cières semble renaître. Il est cependant illusoire de croire qu’un retour à la «normalité» soit possible rapidement. Il est vrai que l’on se trouve dans une situation d’inflation haussière comparée à 2015 aussi bien en Europe qu’en Suisse. Cette hausse n’est toutefois pas comparable aux hausses connues avant la crise et il n’est pas raisonnablement envisageable que des taux d’avant crise soient retrouvés prochainement.

Pensez-vous que la BNS va anticiper une augmentation de son taux afin de con-trebalancer cette tendance haussière ? Faut-il, au contraire, envisager une nouvelle baisse?

Les banques Centrales en charge des politiques monétaires sont connues pour être lentes voire tardives dans leurs réactions et prises de décisions. Raison pour laquelle on peut douter qu’un revirement significatif de politique monétaire prenne place que ce soit en Europe ou en Suisse. De plus, il est difficile de prévoir les impacts réels des mutations politiques en Europe avec le Brexit et aux Etats-Unis avec la nouvelle présidence. Ce sont des décisions peu favorables au libre-échange, ce qui ne présage rien de bien positif pour les marchés financiers.
Ainsi, en raison des politiques monétaires actuelles et du climat politique mondial, une incertitude règne sur l’économie. Il faut donc s’attendre à ce que la BCE maintienne sa politique monétaire actuelle et que la politique des taux d’intérêt négatifs soit poursuivie par la BNS en 2017. De ce fait, une stabilité des taux négatifs est à prévoir.

Ainsi, en raison des politiques monétaires actuelles et du climat politique mondial, une incertitude règne sur l’économie. Il faut donc s’attendre à ce que la BCE maintienne sa politique monétaire actuelle et que la politique des taux d’intérêt négatifs soit poursuivie par la BNS en 2017. De ce fait, une stabilité des taux négatifs est à prévoir.

Depuis quelques années et sous la pression internationale, la Suisse a entrepris d’importants changements dans sa politique afin de répondre aux exigences des standards internationaux. Ces changements ont notamment été entrepris en matière de transparence fiscale et bancaire. Rétrospectivement et au regard de la conjoncture actuelle, quelle est votre opinion sur ces modifications?

Dans un contexte économique mondial incertain, les grands pays ont un pouvoir politique accru et légifèrent en exerçant une pression sur les petits pays. Les «îlots réglementaires» tels que la Suisse doivent se conformer aux standards internationaux en adaptant leurs réglementations in-ternes. Les mesures entreprises dans les domaines bancaires et fiscaux étaient pour ainsi dire inévitables et seront salutaires par la suite.

Selon vous, la Suisse va-t-elle persister dans ce type de prise de décision, en légiférant par exemple, dans le domaine immobilier en imposant une transparence transactionnelle (publication des prix, rendements, propriétaires etc.)?

Je ne perçois pas d’initiatives sérieuses allant dans ce sens actuellement.

L’initiative RIE 3 devrait renforcer l’attractivité de la Suisse au niveau international. Ses opposants estiment que les pertes de recettes fiscales liées à l’abaissement du taux d’imposition des entreprises, ne sauraient être compen-sées autrement que par l’augmentation de l’imposition des personnes physiques. Selon vous, ces critiques/craintes sont-elles justifiées?

Les débats politiques actuels au sujet de la RIE III consistent en des débats internes qui ne pren-nent pas en considération les questions économiques internationales. Cette réforme est néces-saire pour rester compétitif tant au niveau fiscal qu’au niveau économique. Les réformes prévues dans ce projet et plus précisément les taux d’imposition clairement définis, vont permettre une dynamisation du tissu d’entreprises locales et permettre une croissance de ces dernières. Préserver notre compétitivité et nos emplois est une priorité!

S’agissant des entreprises internationales, leur taux d’imposition subirait une légère hausse sous RIE III, ceci ne représente toutefois pas un facteur de départ isolé. Les entreprises ne s’installent pas seulement en Suisse pour une fiscalité avantageuse, mais également pour la qualité de ses infrastructures et de sa main-d’œuvre, ainsi que pour la stabilité de ses institutions et de son mar-ché. Ces éléments pallient largement aux effets négatifs d’une légère hausse d’imposition. Ce compromis législatif interne permettrait ainsi à la Suisse de se conformer aux exigences interna-tionales de transparence fiscale tout en restant compétitive en la matière.

Au vu des perspectives économiques actuelles et de l’harmonisation des normes fiscales vers des standards internationaux, peut-on s’attendre à voir émerger d’autres acteurs permettant de diversifier les secteurs d’activités en Suisse? Si oui, lesquels?

La Suisse a été et reste pionnière dans de nombreux secteurs d’activités. Elle a notamment été la première à mettre en place les systèmes de paiements électroniques et est à la pointe de la tech-nologie en matière de traitement de données. La Suisse affiche toujours fiabilité, stabilité et inspire la confiance des différents acteurs économiques. Ces éléments expliquent l’intérêt continu des entreprises étrangères pour la Suisse.

Par exemple, la Suisse se transforme de plus en plus en «coffre-fort des données» en raison de la législation suisse en matière de protection des données. Il faut cependant rester vigilant, et ne pas réitérer les mêmes erreurs que par le passé, notamment en se coupant du monde et en créant un monopole de fait dans un domaine politiquement sensible au niveau international. Certes, la Suisse doit persister dans son efficacité mais elle doit veiller à diversifier ses domaines de compétence.

Isabelle Nesme
Associate director
MRICS
MSc in Finance & International
isabelle.nesme@cbre.com
CBRE (Geneva) AG
Rue des bains 33
CH-1205 Genève
www.cbre.ch

Sönke Thiedemann
Head of Valuation Switzerland
CFA, MRICS – Registered Valuer
soenke.thiedemann@cbre.com
CBRE (Zürich) AG
Bärengasse 29
CH-8001 Zürich
www.cbre.ch

Notice biographique de Jean-Pierre Roth
Jean-Pierre Roth, né en 1946, a étudié les sciences économiques et obtenu le doctorat à l'Institut universitaire de hautes études internationales (HEI), à Genève. En 2009, l’Université de Neuchâtel lui a conféré le titre de Dr es sciences économiques, honoris causa.

Jean-Pierre Roth est entré à la Banque nationale suisse en 1979 et y a exercé diverses fonctions, tant au siège de Zurich qu'à celui de Berne. En 1996, le Conseil fédéral l'a nommé vice-président de la Direction générale. Dès le 1er janvier 2001, il a occupé le poste de président de la Direction générale.

Jean-Pierre Roth a représenté la Suisse au Conseil des gouverneurs du Fonds monétaire international (FMI), à Washington. Du 1er mars 2006 au 28 février 2009, il a assumé la fonction de président du Conseil d'administration de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), à Bâle.

En 2010, Jean-Pierre Roth a réorienté ses activités vers le secteur privé. Il est actuellement membre des Conseils d’administration de Nestlé SA, du Swatch Group, de MKS (Switzerland) et assure la présidence de la Banque cantonale de Genève.

Pour plus d'informations sur CBRE:
CBRE Group, Inc. (NYSE: CBG), une entreprise de Fortune 500 et du S&P 500 dont le siège est à Los Angeles en Californie, est en termes de chiffre d'affaires pour l'année 2016 – la plus grande société de services dans le secteur de l'immobilier commercial au monde. Avec plus de 75.000 employés répartis au sein de 450 bureaux dans le monde (hors filiales et sociétés liées), CBRE est le fournisseur de services immobiliers pour les propriétaires, les investisseurs et les utilisateurs d'immobilier commercial. Conseil stratégique, location/vente immobilière, gestion de projet, services aux entreprises, évaluation, recherche et services aux retailers sont les services principaux proposés. En Suisse, CBRE est présent à Genève et à Zurich. Pour plus d'informations, visitez notre site: www.cbre.ch.

Published on: 10 02 2017

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